L’amitié
envolée
"La
moitié d’un ami, c’est la moitié d’un traître."
Il y a quelques années,
j’aurais trouvé cette phrase de Victor Hugo inexacte et incisive,
pourtant aujourd’hui cette phrase me donne à réfléchir.
J’avais une amie,
oh la meilleure des amies, celle à que l’on dit tout, celle de qui
on entend
les confidences,
celle qui console, conseille, soutient et à qui inévitablement
on rend la pareille.
Cette amitié
là avait commencé d’une façon plutôt insolite.
Nous prenions ensemble le car pour nous rendre à notre travail,
nous nous voyions tous les jours sans échanger autre chose
qu’un sourire. Un
jour la neige tombait, j’avais donc décidé de prendre le
bus une station plus haut afin de ne pas descendre à pieds une cote
glissante. J’étais donc installée dans le bus quand elle
monta. Tout le monde avait le sourire aux lèvres en voyant son visage
barbouillé de ricils à cause de la neige, waterproof existait-il
à cette époque ?. C’est alors que tout naturellement je l’invitais
à s’asseoir près de moi, sortis de mon sac un petit miroir,
et nous partîmes inévitablement d’un grand éclat de
rires. Après un nettoyage minutieux la conversation commença.
Elle attendait un bébé, moi aussi. Au fil des jours nous
avons donc appris que nos maris se connaissaient depuis des années,
les liens commençaient à se resserrer. Puis je ne la revis
plus pendant quelques semaines, elle avait perdu le bébé
qu’elle
attendait. Quand
elle revint, mon ventre était déjà bien rond et son
regard en disait long sur sa peine. Bien vite elle se retrouva enceinte
et nos enfants sont nés avec quatre mois de différence. Alors
nous ne nous sommes plus quittées, chacune ayant choisi de consacrer
tout son temps à son enfant en restant au foyer, nous nous rencontrions
une fois par semaine environ. Notre deuxième enfant naquit avec
un mois et demi d’écart. Les rentrées d’école, les
fêtes de fin d’année, les anniversaires, les communions, nous
étions toujours ensemble au point que les gens nous prenaient pour
des sœurs et ni l’une ni l’autre n’en ayant une, nous finissions par nous
considérer ainsi. Mon père l’avait surnommé Sécotine
(une marque de colle très forte) et ça nous faisait rire.
D’ailleurs le rire a souvent été notre quotidien et mes meilleurs
fous rires c’est avec elle que je les ai eus. Elle pouvait compter sur
moi, je pouvais compter sur elle, c’était une amitié extraordinaire.
Puis ma vie a basculé tout doucement, deux années de doute
et de chagrin, des crises de larmes pour finalement aboutir au divorce.
Mes doutes étaient fondés mon mari avait rencontré
une autre femme et il souhaitait partir vivre avec elle. Mon amie m’a aidée
dans ces moments difficiles mais je suis devenue la femme seule celle que
l’on n’invite plus, je dirai même que l’on évite. Son mari
n’a pas apprécié ma rencontre plus tard avec le père
de mon petit garçon et elle pour avoir la paix a choisi de ne plus
me voir. Mais la roue tourne et quelques années plus tard, ce qui
m’était arrivé lui est tombé dessus, j’ai oublié
le mal qu’elle m’avait fait en m’abandonnant, je l’ai reçue quelques
jours chez moi pour l’aider à sortir de sa dépression, je
lui ai même prêté un peu d’argent, je lui ai rouvert
mon cœur sans reproches. Nos relations d’amitié sont reparties de
plus belle.
Je ne l’ai pas jugée,
moi, quand elle a rencontré cet homme marié avec qui elle
entretient aujourd’hui encore des relations suivies en cachette, j’ai juste
donné mon avis quand elle me l’a demandé. J’ai écouté
ses plaintes incessantes quand elle a eu un petit problème de santé
sans gravité mais auquel elle a accordé une trop grande importance.
Puis je suis partie vivre à 250 km avec mon ami de cœur. Elle et
moi, avons correspondu par courrier ou par téléphone
régulièrement avec la promesse de se revoir à chacun
de mes retours dans ma région natale. Mais la rupture a eu lieu
subite et cruelle, pour moi inexplicable, quand je lui ai annoncé
en larmes au téléphone que j’avais un cancer. Je m’attendais
à un soutien, une aide morale, rien de tout cela, elle n’a jamais
rappelé pour avoir de mes nouvelles. Elle m’a manquée, ma
chère amie. Un jour que le moral était au beau fixe, j’ai
tenté de l’appeler, plus d’abonnée au numéro que vous
avez demandé a dit la voix. Alors je lui ai écrit ce que
j’avais sur le cœur dans l’espoir de la faire bouger mais rien…. A ma fille
qui est allée la voir, elle a dit qu’elle n’était pas fâchée
avec moi, que mon courrier l’avait peinée mais que je pouvais passer
la voir. Elle, a maintenant un portable mais n’a pas confié le numéro
à ma fille, alors je me pose des questions sur sa réelle
amitié. On n’abandonne pas les gens quand ils sont au bord du gouffre,
on leur tend la main, une main ferme et volontaire sinon ce n’est vraiment
pas la peine….
Mon téléphone
à moi n’a pas changé.